Face nord de la Meije - voie du Z - 4/6 juillet 2008

Publié le 10 Juillet 2008

Voici un beau week-end de passé qui a commencé comme ça vendredi,

et "finit" ainsi samedi soir..


Quand il y a queques temps, Cyril me propose d'aller à la Meije faire en face nord la voie du Z et finir par la traversée des arêtes, ma réponse ne se fait pas attendre malgré un peu d'appréhension sur la difficulté de la voie. Les week-ends passent et les récits enthousiastes sur C2C nous titillent. Aussi pour profiter du samedi, seule journée de beau temps annoncé du week-end dernier, on se dégage tous les deux le vendredi après-midi pour monter au refuge du Promontoire.

A 12h30, on quitte Grenoble et à 15h enfin, la gare intermédaire de Peyrou d'Amont pour entamer la looongue montée des Enfetchores. Après un petit fourvoyage de rigueur, on rejoint l'itinéraire normal, pas des plus simples, puis on prend pied sur le glacier de la Meije. L'avantage de cette montée c'est qu'on peut observer ce qui nous attend le lendemain..


La brèche de la Meije en point de mire, bientôt la fin de cette sacré bambée.

Après 5h de crapahut, on foule enfin la terrasse du Promontoire. Je suis claquée, un peu inquiète pour le lendemain... Le gardien nous sert vers 20h30 et peu après on a plus qu'à aller essayer de dormir dans le dortoir surchauffé et bruyant.
La nuit est bien courte et à 2h on est attablé silencieux devant une tasse de thé..
A 3h on part, à deux cordées, et 2 h plus tard, on est au pied de la rimaye, aux premiers pas de la voie..

première longueur, ça grimpe déjà..

un peu plus haut, ça se raidit, première pour moi


Cyril poursuit dans des longueurs pas toujours faciles à protéger. Plus haut on aperçoit la paroi qui surplombe la branche médiane du Z. Les conditions ne sont pas optimales en raison d'un regel moyen.

On s'en rapproche

La branche médiane, passage particulièrement esthétique

la branche médiane vue de l'autre côté

branche supérieure du Z, ça grimpe encore plus et quasi rien pour se protéger


voilà c'est fini...

la montée mais pas la descente...

La météo, comme annoncée se gâte, on renonce donc à monter au Grand Pic puis à poursuivre par la traversée des arêtes. Première chose à faire, descendre le glacier Carré, réellement impresionnant vu du haut. Rapidement on rejoint le début des rappels de la voie normale.

on range les crampons et nous voilà partis pour les rappels

Au moment de commencer les rappels je vois une cordée qui traverse le glacier et se dirige vers nous. A les entendre parler entre eux, je reconnais le couple d'espagnols qui la veille au refuge demandait des renseignements sur la Pierre Allain.. 1, 2, 3 rappels se succèdent et au pied du 4ème c'est le b... Impossible de rappeler cette fichue corde... En descendant, j'ai tiré trop sur ma gauche et la corde s'est foutue dans une zone fracturée bien merdique. Après de vaines tentatives, de multiples essais de décoincage, on se résout à attendre la cordée hispanique.. Le temps passe... Et puis ils finissent par arriver et décoincent notre rappel non sans mal.. On échange quelques mots. Soulagement, on va pouvoir rejoindre vite fait le refuge..

On laisse poursuivre les Espagnols devant nous, courtoisie oblige. La suite c'est la descente du couloir Duhamel et c'est là que les choses se gâtent... Les espagnols enquillent les rappels et sans savoir pourquoi on les suit, trop. On sait très bien qu'à un moment il faut quitter le couloir pour rejoindre une vire puis la voie normale mais on continue malgré cela la descente. il faut dire que le Duhamel est truffé de relais.. Il y a même - enfin il y avait - une corde fixe quasi neuve dans le bas. On continue de descendre dessus, après tout on commence à penser que ces rappels se poursuivent jusqu'au glacier.. Mais au bout de la corde fixe, c'est l'impasse.. le glacier est juste 150m sous nos pieds mais le relais suivant est bien trop pourri pour l'utiliser.. Il ne nous reste plus qu'à remonter en partie le couloir pour rejoindre la vire et la voie normale. Seulement il est trop tard.. on dormira donc là.. enfin dormir c'est beaucoup dire, disons plutôt attendre le jour.

Néanmoins on a pu échanger quelques mots avec le gardien que Cyril a réussi à prévenir, le refuge étant à quelques centaines de m de nous seulement... ça donne un dialogue un peu surréaliste : " tout va bieeeeen?", "oui, ça vaaaaaaaaa, on va passer la nuit là et demain on rejoint la voie normaaale! A demaiiiiiiiiin!"

Avec Cyril on remonte de quelques mètres sur une vire lisse mais déversante. Vachés au relais, c'est une longue nuit qui nous attend. Je me retourne comme une crêpe toute la nuit, grelottant, frissonnant de toutes parts et surveillant avec un peu d'anxiété l'évolution du ciel. Cyril quant à lui semble s'assoupir régulièrement...

Et puis, la nuit passe et le ciel blanchit doucement. Le jour arrive, enfin.

6h30, vue sur le Rateau

Engourdis, on a du mal à quitter notre emplacement de bivouac. Une dernière gorgée d'eau et 2 barres plus tard, on refait les sacs. Nous voilà prêts à remonter. Les Espagnols qui ont passé la nuit 20 m plus bas sont également debouts. Le gardien vient à nouveau échanger quelques mots et nous propose d'envoyer l'hélico, ce que nous refusons catégoriquement. On commence donc la remontée du couloir, d'abord à l'aide de la corde fixe, puis sur la neige puis sur les rochers faciles du couloir. On rejoint enfin le "bon" rappel, celui qui permet de rejoindre la vire de la voie normale. Les Espagnols cependant ne nous ont pas suivi longtemps et ont préféré s'engager sur une autre vire ne ressemblant pas à grand chose..

J'ai à peine le temps de rejoindre Cyril sur la vire que l'orage éclate. Il est 8H30.. On se vache et penauds, recroquevillés, on attend une nouvelle fois que ça passe.. ça pète au-dessus de nos têtes, les éclairs se succèdent.. On commence à regretter d'avoir refusé l'hélico.. Mais une petite demi-heure plus tard, la pluie cesse, une éclaircie se profile. Pas de temps à perdre.

Quelques instants après j'entends crier plus bas assez distinctement "hélicoooooo dans 10 min!!!!!!!"  En effet, 10 min plus tard, la petite silouhette agile de l'Alouette s'approche.. Les Espagnols sont à notre aplomb, 150m plus bas et l'hélico tentera plusieurs fois de treuiller un secouriste près d'eux mais sans y arriver. Inutile donc de rester là, on continue prudemment notre descente, se méfiant des dalles mouillées et de notre fatigue...

Finalement l'Alouette a posé deux secouristes sur le glacier, on les croisera remontant la voie normale pour rejoindre l'autre cordée. ça fait plaisir de les voir, on échange quelques mots - tiens on se connaît! - et Fred l'un des 2 secouristes prévient le gardien de notre arrivée. On retrouve celui-ci au dernier rappel juste au-dessus du refuge, rappel qu'il a eu la gentiilessse de nous installer.


l'Alouette tente en vain de poser un secouriste

derniers pas sur l'arête du Promontoire

Quelques minutes après, nous sommes devant un poële, deux bols de thé que nous avalons rapidement, du pain, fromage, saucisson et barres chocolatées offerts par notre breton de gardien, genre peu loquace mais sacrément efficace. Les Espagnols arrivent avec les secouristes peu après. On discute un petit moment avec Fred et son accolyte, Jeannot. Fred nous propose même, non pas l'hélico pour rejoindre la Bérarde,... mais en cas de stop marchant mal de nous ramener à la Grave depuis Huez.. Eh oui il nous faut rejoindre la Bérarde maintenant. Hum quelle bonne descente nous attend...  Nos deux secouristes reprennent leur "taxi" et nous nous remettons le sac sur le dos. Finalement la descente passe bien, même encore une fois arrosée en arrivant près du refuge du Chatelleret.

Quelques voitures traînent à la Bérarde, c'est pas la foule non plus... Les jambes sont tendues et fatiguées, la pluie continue inlassablement et on se met à l'abri comme on peut. Quelques voitures passent, remplies, mais la 5ème s'arrête. Et après le récit du we, notre chauffeur fera même le détour pour nous ramener à la Grave! Merci à lui!

Seul "hic" du we, Cyril a chopé des débuts de gelure aux pieds. Sinon il me reste déjà des souvenirs immenses autant de l'itinéraire lui-même que de la gentillesse des gardiens et secouristes que nous avons croisés.

Rédigé par CEI

Publié dans #Alpinisme - escalade

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S
Comme voul voul ! Mais faut se speeder ensuite je pars en vacances les 3 premières semaines d'août ! Sinon ce sera barbeuk dans le 05
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S
J'arrive aorès la bataille, j'étais en vacances... J'en ai encore des frissons de lire votre périple, mais très content que ça se termine bien. Enfin presque... J'espère que les orteils de Cyril vont vite récupérer et ne pas l'ennuyer cet hiver. Chapeau à vous pour le self-control et la sagesses de vos choix dans ces moments où la moindre erreur peut être lourde de conséquences !Bon on va se faire plutôt un barbeuk ensemble. C'est moins engagé que l'alpi et poins dangereux que le VTT ;-)Allez à bientôt pour en parler autour d'un bout de goret et d'un bon millésime
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C

Enfin une parole sensée ;-)) Bon où, quand le BBQ??


A
Quelle histoire ! J'ai eu peur le temps de quelques secondes, mais finalement tout s'est bien terminé, ouf...C'est quand tu nous sors un livre ? ;-)
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C

J'y travaille, j'y travaille ;-)))

Merci pour tous les petits commentaires sympas. On a appris après discussion à nouveau avec Fred qu'en 2 rappels supplémentaires depuis notre aire de camping on arrivait sur le glacier...


J
Belle aventure...un peu tangent mais dans les limites du raisonnable, de forts souvenirs pour plus tard. L'ambiance est beaucoup plus paisible par ici en Thailande. A+ pour une grimpette plus tranquille au mois d'aout.
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S
Un récit vraiment très haletant, ca me rappelle presque des passages de la Mort Suspendue, célèbre ouvrage de joe Simpson. Quelle ambiance dans cette face Nord de la Meije, il y a une photo dans la vire médiane qui me fait penser à la Traversée des dieux dans la Face Nord de l'Eiger (d'après des photos bien sûr, je n'y suis pas allé). Bravo, une belle expérience alpine qui heureusement se finit bien!
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