Aiguilles de Chambeyron - 13/15 août 2006

Publié le 16 Août 2006

 

 

Lundi 14 août 22h30, nous revenons au refuge de Chambeyron après plus de 17h de crapahut...

Retour en arrière : dimanche matin Leïla et moi prenons la route de la vallée de Maljasset en Ubaye, un des seuls endroits où il doit faire beau les deux jours suivants. Après une pause café chez Yvon et Isabelle aux Hières au-dessus de la Grave, nous arrivons, vers 14h au refuge de Maljasset (les crumbles refroidissent sur les tables à l'extérieur, hum...). Notre objectif est le lendemain de faire en AR l'Aiguille de Chambeyron via le vallon de Chauvet (la voie Coolidge), un itinéraire côté PD. On fait part de notre projet à Philippe Lantelme, le gardien, qui nous conseille plutôt l'itinéraire de la voie normale en face sud, au départ du refuge de Chambeyron, moins long et moins fastidieux ; la montée par le vallon de Chauvet étant plutôt l'itinéraire à skis (ah bah oui si on peut le faire à skis on va pas y aller à pied..). Coup de fil rapide au refuge de Chambeyron pour réserver, il est 16h, pas de problème il y a de la place mais le gardien nous précise, sur un ton péremptoire, que « le repas est à 19h ». Pas de temps à perdre, à 17h on quitte la voiture à Fouillouse et à 18h59 (yes !) nous franchissons la porte du refuge. La salle à manger est pleine à craquer et sent la soupe, ça tombe bien on a faim. Après un bref bonjour aux gardiens - un écriteau bien en évidence annonce « les cartes Caf non présentées avant 18h ne seront pas prises en compte » - on nous installe à la table d'une petite famille sympathique puis dans un dortoir plein également à craquer. Sommeil contrarié.

A 4h00 on se lève - on est les seules - et à 5h00 on part. Le problème est qu'une heure après on est au pied des Aiguilles et qu'il fait toujours nuit. Résultat, on tourne en rond près d'une heure à la fois pour se réchauffer - une bise froide nous souffle dans le coup - et trouver le couloir d'accès (le couloir Gastaldi - rien à voir avec le présentateur) dont on n'a pas de description précise de son approche. Je suis assaillie par le doute quant au bien-fondé de ma présence ici et non pas dans un bon lit chaud et douillet. Ça sent le B4 « m » (mauvais plan, moral en berne, maudit gardien). Râté. Avec le lever du jour, le couloir se découvre à l'aplomb du lac des Neuf Couleurs. Celui-ci est impressionnant, dominé par l'Aiguille orientale de Chambeyron autant dire un réceptacle de choix pour pierres en manque de gravité. On serre les fesses tout le long de la remontée mais ça passe sans problème. Après un premier cheminement sur des vires correctes on atteint la brèche Nérot. Premiers doutes sur la suite de l'itinéraire : la voie normale qui suit un système de vires en face sud part, d'après les topos, de la brèche. Que nenni. Il faut d'abord monter par des rochers faciles sur l'arête qui part de la brèche, passer en face nord puis traverser en ascendance et enfin remonter un petit couloir jusqu?à une brèche qui rejoint la face sud d'où part une belle vire. Cette vire ramène au-dessus du couloir Gastaldi et se perd dans un champ de caillasses peu avenant. A ce moment l'arête Est, au-dessus de nos têtes, nous fait de l'oeil et sa suite, la belle Aiguille orientale avec son marbre tendrement rose. Ni une ni deux, on laisse nos caillasses désoeuvrées pour rejoindre l'arête. C'est court mais c'est majeur : trois belles longueurs sur un très beau rocher en 3 et 4 bien sonné. A 13h on est au sommet ; normalement la suite consiste à rejoindre l'Aiguille occidentale puis retrouver la vire sud pour la descente. Je commence à désescalader mais me retrouve empotée sur une dalle. On préfère installer un rappel pour franchir ce passage. Dans ma descente je découvre un peu plus bas un rappel équipé qui semble rejoindre directement la vire sud. Vu l'heure on enquille sur celui-ci. Seulement la vire s'interrompt peu après pour se poursuivre 20 m en contrebas : 3ème rappel... On retrouve enfin la base de l'Aiguille orientale puis l'arête Est qui lui fait suite. De là il faut retraverser le champ de caillasses instables et exposé de la montée. Autant dire qu'on progresse sur des oeufs et l'heure passe. On retrouve la vire puis le bout d'arête empruntée au début depuis la brèche Nérot. Mais du haut de cette arête je ne retrouve pas le passage en rocher facile de la montée et on pose un 4ème rappel. De la brèche Nérot, il ne nous reste plus qu'à suivre la bonne vire du début et descendre le couloir Gastaldi. Seulement dans le haut de ce dernier, on se rend vite compte que ce qu?on a monté sans souci le matin ne va pas se faire aussi bien à la descente. Je me mets taquet dans une traversée foireuse sur poussières de roches et roches mal enchassées. Un rappel un peu plus haut nous tend les bras et sur la proposition de Leïla, on le rejoint : 5ème rappel. Grâce à celui-ci on franchit tous les passages foireux du haut du couloir, il ne reste plus ensuite que de l'éboulis sans difficulté. Leïla me rejoint et je commence rapidement à ravaler la corde, le noeud ne s'est pas coincé, la corde file et... soudain se bloque... Devant nos yeux ébahis les 50 m du second brin restent stoïques sous les tractions qu'on leur inflige.

Il n'est pas loin de 21h, il commence à faire sombre. Pas trop le choix : on abandonne donc la corde pour poursuivre la descente. Dix minutes plus tard, le bruit d'un rotor d'hélico nous fait lever la tête. Le gardien a du prévenir les secours ; on est un peu vertes de ne pas pu l'avoir appelé pour lui dire que tout allait bien. Quelques instants après l'hélico qui nous a repéré, s'approche ; on fait signe que tout va bien. Mais sans doute pour en avoir le coeur net, un secouriste est treuillé près de Leïla à quelques mètres de moi. Dans le vacarme je n'entends pas leur conversation. Quelques instants après il est à mes côtés me demandant si on veut être redescendues en hélico ou pas. Je lui dis que ce n'est pas nécessaire et qu'on va poursuivre notre descente. Il remonte dans l'hélico, on se fait un signe de la main et notre ange-gardien repart. Le silence s'installe à nouveau. La fin de la descente du pierrier se fait rapidement et à 21h30 on peut enfin enlever le casque. A 22h30 on pousse la porte du refuge. Le gardien se pointe illico nous demandant si on veut manger sans à peine un « bonsoir ». La gardienne pointe à son tour sa tête pour nous lâcher sèchement un « dépêchez-vous, on voudrait aller se coucher ». Sans commentaires.

Le lendemain matin, après le petit déjeuner, on réussit à arracher quelques mots au gardien sur le cheminement de la voie normale. Il reste peu précis mais nous confirme qu'il y a pas mal de gens qui se perdent ou renoncent dans cet itinéraire. L'atmosphère se détend, on arriverait presque à lui voir se dessiner un sourire... mais les meilleures choses ont une fin et nous prenons le chemin du retour. Nous croisons un randonneur qui après quelques minutes de conversation nous offre un recueil de ses poèmes! A Jausiers, nous faisons une halte au PGHM : notre secouriste de la veille n'est pas là mais on engage la conversation avec un jeune gendarme de garde. Peu après, il nous sort tous les topos disponibles sur les Aiguilles dont on repart avec les photocopies. Merci le PGHM!

Bilan :

Itinéraire : depuis le refuge du Chambeyron, environ 800m dont 600m pour la course elle-même y compris les 300m du couloir Gastaldi - PD pour la voie normale en face sud et AD pour la traversée.

Matos : 2 sangles, 2 mousquetons rapides, un mousqueton simple, un brin de rappel et, aux dernières nouvelles, une paire de chaussons.

Le topo de Leïla

le groupe des Aiguilles de Chambeyron : à gauche l'occidentale et à droite l'orientale, séparées par un gendame.

Au début de la vire sud avant d'arriver à la brèche Nérot

toujours sur la vire sud au débouché d'un passage aérien protégé par une corde fixe (neuve)

Leïla et le Brec de Chambeyron

depuis l'arête Est, le Monte Viso

Leïla dans la très belle première longueur sur l'arête Est

21h30, un peu fatiguées.

Rédigé par Cécile Eichinger

Publié dans #Alpinisme - escalade

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Commenter cet article

leila 29/08/2006 15:37

On dirait qu'il a bien envie de rester la bas ce bout de corde (désolée Cécile). Deja pas mal qu'on ait évité les blocs... et toi tu faisais quoi la bas Roland ? t'a trouvé ton chemin facilement (a la descente j'veux dire) ?Et par curiosité, il disait quoi sur nous le gardien du refuge ? pas des méchancetés quand même ?quant à la degaine bleue, ca m'étonnerait qu'elle soit à nous (faudrait pas que la liste du matos laissé sur place s'allonge encore), peut etre une énième cordée en perdition sur ces aiguilles ?Dommage que les gardiens ne t'aient pas filé mes chaussons, je les attends tjs par la poste et c'est bien embetant pour grimper...Leïla

salles roland 29/08/2006 12:15

superbe aventure. Pour info , la corde etait toujours au bas du couloir,le 23/08, mais bloquée par des blocs, tombés du couloir après un violent orage.
Une semaine après ,le gardien du refuge parlait encore de votre Aventure.
PS: la dégaine bleue était  à vous , sur le gendarme, sur l'arete ?
Roland

Guillaume 24/08/2006 10:11

Et ben, quelle aventure !Mais, la corde, alors, elle pendouille toujours la-bas ?Guillaume

Cécile Eichinger 28/08/2006 16:36

Oui.. sauf si quelqu'un l'a récupéré..

squal 18/08/2006 00:00

Eh ben ! Haletant ce récit !!! Une journée inoubliable...
Nous on a juste fait le tour des Aiguilles de Chambeyron ... Plus facile ;o)
Les crumbles étaient peut-être excellent à Maljasset, mais les tartes à la myrtille étaient divines !

jj 17/08/2006 14:41

Crevé rien qu'à lire ton récit.Bien la lucidité malgré la grosse fatigue.