Trois belles bambées en montagne

Publié le 27 Août 2010

 

C'est souvent comme cela : on part faire un week-end en montagne en sachant que forcément ce sera peut-être un peu plus long que prévu et puis au final c'est beaucoup plus long que le maximum auquel on avait pu penser!

 

Acte I : le pilier nord-est des Bans (normalement long) :


La montée au refuge de la Pilatte vous la connaissez sans doute. Rien que d'y penser, souvent les bras m'en tombent. Une montée interminable et monotone qui ne dénivelle que sur les 300 dernièrs mètres. Monotone parce que même avec la meilleure volonté du monde, une fois qu'on a bien maté le glacier Long, il n'y a pas grand chose à reluquer. Enfin ce samedi là, finalement c'est passé assez vite : 2h30 pour près de 4h données au départ et sans courir. On arrive sur la terrasse du refuge encore ensoleillée. Le demi est bienvenu. Plus tard, le repas est copieux et le rouge gouleyant, tout roule. J'arrive même à négocier un lever à 3h15 au lieu de 3h, tout va bien!

 

Le lendemain, à 6h, nous sommes au pied du pilier après 2h d'approche sans encombres sur le glacier de la Pilatte. Une cordée de deux se prépare, une autre est déjà engagée. Le soleil n'a pas encore atteint le bas du pilier et les doigts (pieds et mains) font mal. Après quelques minutes d'attente, Loïsyann s'élance enfin sur ces premières longueurs en rocher très moyen. Une fois passées ces premières longueurs peu interessantes, on rejoint un rocher magnifique et en même temps le soleil. L'itinéraire suit tout du long le pilier. Une fois franchie une traversée merdique, on rejoint une brèche au pied d'un mur raide. Le passage est côté 5 mais un 5 peu protégeable et bien raide. Interdiction de se la coller sinon c'est réception sur la vire! Ensuite les difficultés se calment et c'est toujours sur un rocher magnifique que l'on poursuit jusqu'à l'arête tout là-haut. On poursuit dans la foulée jusqu'au sommet sud, montées-descentes, rappel où on s'octroie une bonne pause. On a de la chance : le sommet est pour nous trois seuls et il n'y a pas un souffle de vent. Au bout d'une bonne demie-heure, il faut  se décider à redescendre, c'est qu'il reste encore la voie normale à désescalader et le retour jusqu'au refuge. La désescalade se passe sans problème même si c'est assez long. Ensuite il faut rejoindre le glacier. Partie sur laquelle je ne suis pas très habile, non aidée par mes crampons qui se barreront 3 à 4 fois. Je me maudis intérieurement et parfois tout haut me promettant de me racheter une paire adaptée à mes chaussures (chose faite). Bref on y passe un certain temps et la partie finale en glace et raide nous vaut un bel exercice de "10h10." Enfin la terre ferme et le refuge. Re-pause rapide. Quand on repart il est 18h30 et il reste tout cette fichue descente jusqu'à la Bérarde. Et bien chose incroyable on mettre plus de temps au retour qu'à l'aller! C'est à 21h30 que je balance mes chaussures dans le coffre pour enfiler mes tongs!


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quelque part dans le haut de la voie

 

 

Acte II : la voie Contamine en face est de l'Aiguille du Moine (très long) :

 

15 jours plus tard, Loïsyann, que l'envie d'aller en découdre avec le granit du Mont-Blanc taraude, me propose l'arête du jardin à la Verte. Longue course mixte dans le style sans doute de l'Innominata mais en plus dure en raison de la voie de descente qui n'a rien à voir avec la tranquille voie normale du Mont-Blanc.. Seulement la neige s'en mêle et aux dires du gardien, vaut mieux penser à autre chose. Parmi les autres propositions de LPO, je donne mon accord pour une voie en face est de  l'Aiguille du Moine, longueur et niveau me semblent réalistes,  voie qui se déroule face à la Verte, les Droites etc. Réservation prise au refuge du Couvercle, racketisation faite pour le petit train du Montenvers (24 euros aller-retour par personne), le samedi midi 14h, nous commençons à marcher. En trois heures nous arrivons au refuge du Couvercle, après une traversée de la mer de glace bien faite, et sous l'oeil des photographes. La soirée se déroule en prenant des 10aine de photos de la face nord des Grandes Jorasses et de l'ancien refuge du Couvercle. C'est vrai que l'ensemble est très photogénique. J'oubliais : toute la journée le soleil a brillé.


Le lendemain, réveil 4h30. A 5h00 après le petit déj. on se recouche : brouillard et vent;ça ne sert à rien de se presser. Un peu après 6h on est de nouveau debout. Le temps ne s'est pas amélioré, on part quand même. L'approche est rapide, 1h, mais le temps toujours peu engageant. Tant pis on y va quand même. Le premier pas est un peu compliqué puisqu'il faut franchir la rimaye et que la première longueur côte son 5c. Loïsyann après plusieurs essais trouve la solution et s'éloigne. Grosse caillante au départ. Quand je m'élance à mon tour, je ne sens plus aucun de mes doigts. Les deux premières longueurs sont les plus difficiles, après ça doit se calmer. Aussi malgré le temps et un peu de grésil on décide de continuer... une transition en rochers plus faciles puis commence les dièdres plus ou moins humides puis la neige. Toujours pas de soleil, ni de visibilité, les longueurs s'enchaînent, les prises sur neige aussi. Que c'est long. Enfin dernière longueur sur un granit couché et sec, un dernier dièdre sec aussi. Et on est au sommet. 8h30 pour y arriver et il reste la voie normale à descendre. Longue forcément. 3h après on prend pied sur le névé ramolli. Cela donne 20h45 au refuge. On se concerte et décidons de resdescendre malgré l'heure. Mais avant pour reprendre des forces on s'avale un coca. Ce sera le seul "aliment" avant le lendemain 8h..  on refait le plein des poches à eau et à 21h on quitte le refuge pensant descendre les échelles des Egralets de jour. Râté. En face du côté de l'envers des Aiguilles, on voit la lumière de plusieurs frontales au-dessus du refuge puis selon LPO plus bas que celui-ci. On n'est donc pas les seuls à  revenir de nuit à Cham. Une fois passé les échelles, on essaie de suivre scrupuleusement le sentier cairné qui longe la moraine et permet de prendre pied sur la mer de Glace plus bas. Râté. Enfin au début on arrive à peu à le suivre mais on le perd définitivement à un moment et commence une errance sur la moraine ravagée : montées-descentes, à droite-à gauche, se succèdent. C'est infernal, on en voit pas la fin.. je passe en mode automatique dans les pas de Loïsyann. Commence à me dire qu'on aurait du passer la nuit au refuge. N'ose pas regarder l'heure. N'ose pas m'arrêter par crainte de ne pas repartir. Et puis au bout d'un moment la moraine s'étale et on peut prendre pied sur la mer de Glace. On franchit même le ruisseau à l'endroit exact où on l'a franchi la veille! On enquille ensuite droit sur la plate mer. pendant un long moment. Plus bas on arrive dans la zone de crevasses mais Loïsyann trouve à chaque fois le bon passage dans ce dédale. On poursuit la descente mais je m'aperçois qu'on ne voit plus les lumières du Montenvers depuis un moment. Il est temps de s'arrêter. Coup de bol on est "en face" des Drus donc les échelles du Montenvers doivent être exactement à notre droite voire légèrement plus haut. On remonte un peu en diagonale et je tombe sur un énorme cairn. C'est par là. Plus qu'à descendre un peu en rive gauche et nous sommes au pied des échelles. Il est 1h du matin. A la montée, je compte les barreaux pour ne pas m'endormir : 1-2-3... 11/ 1-2-3... 11. 1h30 on est à la gare du Montenvers. On a récupéré les baskets planquées la veille.  Le sac s'alourdit des chaussures. "Plus que" 800 m à descendre et on sera à la voiture. Il n'y a qu'à suivre la voie ferrée. 2 h comme ça, les épaules et le cou sont en vrac. La descente est interminable, les lumières de Cham ne semblent jamais vouloir se rapprocher. Enfin à 3h30 on s'assoit dans la voiture. 23h qu'on est levé. Record battu pour moi. On peut enfin dormir. Enfin essayer de dormir, il fait froid et humide dans la voiture, les jambes, les mollets me lancent, je passe mon temps à me retourner, finit par m'assoupir au bout d'un long moment pour être réveillée peu de temps après. Il est 6h, l'heure de rentrer sur Grenoble, le bureau nous attend! 

 

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sommet du Moine

 

Acte III : la voie de la Console à la Tête du Rouget (assez long sup) :


Sentimentalement c'est celle que je préfère des 3. Et grimpistiquement aussi. C'est beau, c'est haut, c'est sauvage. Et c'est un itinéraire Chapoutot. Sans avoir connu le monsieur autrement que par son site, j'apprécie son humour, son écriture et son obsession à dénicher de nouveaux itinéraires en Oisans.

 

Et puis il manquait à cet été en montagne un bivouac. Là avec accès par le bas, on avait pas trop le choix, ça tombait bien. Loïsyann chargé du matos et moi de la bouffe (dont deux bières et les inévitables Triangolini), on a bien mis 3 heures pour atteindre le parc à moutons (l'emplacement de bivouac). La montée est harassante, le sentier peu marqué et très raide par endroit. Avec le sac les déséquilibres sont un peu physiques à rattraper et par moment c'est assez exposé. Et quand on s'aperçoit qu'arirvés enfin au but, il n'y a pas d'eau, c'est la douche froide! LPO se coltinera l'aller-retour soit 1h30 de rab!

 

A 19h on attaque l'apéro., la température est douce et le ciel dégagé. La lune se lève un peu plus tard dans la soirée.

 

Le lendemain on est sur pied un peu après six heures mais il nous faudra quasiment deux heures d'approche dans un pierrier assez immonde : 2 pas en avant, 1 pas en arrière. Pas terrible comme timing! Enfin à 9h Loïsyann attaque la première longueur pas vraiment protégeable après le passage d'un nevé bien dur. Je jette un oeil derrière moi, il y a foule ! Deux cordées cherchent un passage possible sur le névé d'accès, elles rejoindront la base de la face sud pour la directe 76, une autre cordée nous suivra dans la Console. Et il y a déjà pas mal de monde engagé dans la 76 ou dans Rackam. Mazette...

 

Peu de temps après, on arrive sous la longueur de la dite Console, armoire normande qui semble tenir en apensanteur contre le rocher. Le rocher est dans cette longueur du plus bel effet rouget... mais quand on est là on en est encore pas à la moitié. Les heures défilent, ça déroule. Vers le haut le fameux passage en  5c recôtée 6a voire plus? annonce la fin des difficultés. Après un bout d'arête, de contournement  et on rejoint les tas de caillasses sommitaux et enfin un peu plus loin le sommet où l'une des cordées de la "76" s'apprête à redescendre. Il est 17h, 8h dans la voie. Et il nous reste la voie des plaques à descendre puis les 3 rappels de la brèche pourrie qui rejoint le bas de la face sud puis encore les 4 rappels du socle... puis. Enfin bref on pose nos fesses à 20h dans le parc à moutons bien séchés. Et bien le retour à la voiture ce sera à l'aube le lendemain, on s'offre encore une nuit à la belle. Le lendemain matin en 2h frais comme des gardons on aura rejoint le bas (finalement "c'est pas si pire cette montée")..

 

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lever de lune sur Ailefroide

 

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la longueur de la Console

 

A lire sur le site de Chapoutot son histoire du Rouget : http://chaps.canalblog.com/archives/2005/08/05/704620.html


Rédigé par CEI

Publié dans #Alpinisme - escalade

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PPY 21/09/2010 19:39



Salut Cécile,


Bravo pour ces trois courses. Je rejoins ton avis sur la face sud du Rouget, en particulier et sur l'oeuvre de Chap en général. L'accès direct à ce secteur depuis le bas, est sublime. Le bivouac
dans ce secteur rallonge évidement la relation qu'on entretien avec cette montagne, et c'est un plus. Ceci dit, c'et un gros sac et beaucoup d'énergie. En montant léger, j'ai mis 3h30 pour aller
au pied de Rackam, en n'oubliant pas le matériel pour circuler sur un névé 35/40°, qui le matin sera béton. Il est à noter que, avec ta caisse c'est un horaire que tu vas raccourcir tranquille.
Je ne désespère pas, revenir dans ce quartier pour le pilier de la Sérénité ou la console que je n'ai jamais fait.


Bonne continuation



CEI 24/09/2010 15:03



Salut Philippe,


Merci pour ton petit mot, ça me fait toujours plaisir de te lire. Mais je n'ai pas bcp de mérite et pour raccourcir cet horaire, hum, j'ai du boulot, faudrait que je me remette à courir - marcher
cet automne..


En tout cas il faut que tu ailles faire l'un voire les 2 de ces piliers car c'est sublime!


A+



anonymous 31/08/2010 09:35



Il est guide le gusse de la photo 2?