Top Tour en Chartreuse - 30 janvier 2005
Publié le 11 Août 2005
Pourquoi évoquer l'hiver en plein été? parce que ça occupe.
Rappelez-vous ce mois de janvier chargé jusqu'à la pointe des spatules.
Plantons le décor : c'est dimanche. la météo annoncée : GRAND BEAU et GRAND FROID. La Chartreuse croule sous la neige. QUOI D'AUTRE A FAIRE? Sébastien vient spécialement de Pierrelatte pour SA sortie (ou presque) à ski de l'année il ne faut pas le décevoir. Il ne le sera pas. Courageusement je contacte la bande de sappeyards (sappeyens?) Claire, Cyril et Oliv, la veille au soir. Enfin j'en contacte un, ça suffit. OK café à 8h chez Oliv.
Nous voilà donc partis tous les 6 - y a aussi Aurel la tronchoise (la tronchère?) qui ne craint pas de se mêler à nous malgré son affublage d'une affligeante paire de Diamir (mais bon ça y est elle a acheté des lotek, ouf).
Les Cottaves : 9h. on grimpouille dans la forêt. Les nuages sont encore un peu présents. Olive file, Claire itou, Cyrill bis, Aurel, mais keskel fait Aurel??? trainouille. On se rejoint tous au sommet du Charmant Som (bah oui Aurel est pas en photo parce qu'elle a trop trainouillé et toc!) et quand elle est arrivée, on était tous gelé donc on s'est vite cassé. Visiblement elle est pas dans un bon jour et fait demi-tour au sommet.
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De gauche à droite : Claire, Cyril, Sébastien - qui s'étouffe avec un gerblé - et Oliv.
Le club des 5 continue donc dans une vertigineuse descente de la combe ouest. Après c'est la remontée sur Chamechine.

C'est beau, hein?
Puis le débouchage sur la crête du même nom. Mais le doute s'est insinué dans l'esprit fragilisé sans doute par le froid de Cyril. Il décide de rentrer lui aussi.. en suivant les crêtes jusqu'au Charmant Som. Fais attention lui dis-je la main posée sur son épaule, légèrement émue.
La bande des 4 tournant le dos au compagnon qui vient de renoncer s'élance d'un seul bloc - enfin on envoie quand même Olive en premier - dans la pente monstrueuse qui ouvre grand sa gueule glaciale vers nous, frêles skieurs. On jumpe ensemble le ressaut de glace et de rocher (bon ok sauf Claire et moi) et hop hop on ride à fond la dernière pente. Claire prépare son virage. Puis ensuite slalom tranquille à travers les sapins, coeur léger, insouciants, dans l'air du printemps... la la la. Olive prem's, Séb deuze, Claire troiz et moi derrière. Et soudain... c'est le DRAME. Un cri étouffé, un bruit sourd. Seb vient d'enfourner, d'enchourner, d'enfoucher, bref, une branche coincée à terre. La treutraîsse. Le ski est resté bloqué dessous et Seb lancé à vitesse supersonique a continué sa course folle droit devant, son pied toujours dans la chaussure coincée. C'est le massacre quoi... Je préfère ne pas regarder : le sang, les membres arrachés, merci. Et puis tout d'un coup nous l'entendons jurer dans son patois bas-normand (de Domfromt). Il est VIVANT!! Ok il a rien, c'est juste sa fixation qui a pété. Et ça c'est gênant. Après quelques essais infructueux, il faut se rendre à l'évidence, il ne pourra remonter au Collet. Une seule chose reste à faire, l'ABATTRE. Mais comme on n'a rien pour le faire, j'ai que mon Opinel et moi le sang beurk, on trouve une autre solution, il va descendre jusqu'à la route, fera du stop et on se retrouvera aux Cottaves. Nous ne sommes plus que 3 soit 50% de la population de référence du matin. ça craint. Courageusement on gravit les pentes vers le Collet. Olive trace, inquiét. Trouverons-nous le passage? Le froid est intense. La nuit commence à tomber. On entend les loups hululer. On reste groupés. Mais je commence à ressentir de curieux symptômes, mon ski glisse vers l'arrière.. Arghh! ma peau se décolle, mes peaux se décollent et mes compagnons s'éloignent inexorablement. Bientôt je suis seule dans la fôret, tachant en vain de réchauffer mes peaux. Une fois, deux fois. C'est l'échec je dois recommencer toutes les 5'. Quelle chni! J'aurai mieux fait de rester devant l'Ecole des Faons. Tant bien que mal j'avance cm par cm puis m par m, le Collet s'approche. Mes compagnons inquièts de ne plus me voir ont crié mon nom à travers la forêt hostile, me raconteront-ils après, mais je n'ai rien entendu, rien rien rien, je jure. C'est à se demander si... Les derniers m pour atteindre le Collet sont les plus éprouvants que j'ai connus. Je donne tout pour m'extirper des 4,5 m de neige dans laquelle je me débats. Un vrai sable mouvant. Dans un dernier geste désespéré je réussis à planter mon piolet dans la lèvre de la corniche et grâce à un rétablissement des plus audacieux du pied droit, je sors au col*. Puis il n'y a plus qu'à se laisser descendre prudemment dans la forêt et c'est le retour aux Cottaves. La nuit tombe doucement sur la forêt et les patûres chartroussines Après je ne sais plus comment on s'est tous retrouvé mais on a bu un thé revigorant chez Cyril tandis que Karen préparait des nems (qui sont, je vais sans doute vous l'apprendre, une spécialité irlandaise). * ndlr : l'auteure dans un souci romanesque en a un peu rajouté.




