Séjour à Wadi Rum - Jordanie
Publié le 6 Décembre 2010
Le contraste est saisissant à l'arrivée à Lyon ce mercredi 1er décembre. Les 20 cm de neige posée sur le tarmac de l'aéroport rompent définitivement avec le sable rouge du désert foulé pendant 8 jours. Tout comme le bruissement des halls avec le calme sidérant des canyons jordaniens. La luminosité intense des hautes parois de grès fait place à un gris ouaté, nous roulons vers Grenoble. Des images plein la tête.
Wadi Rum, camp de base
Cerné de hautes parois parallèles avec les premières voies à 15 min à pied, le village de Wadi Rum est un camp de base idéal pour toute la durée du séjour. On peut également se faire transporter en pick-up pour les voies plus éloignées voire partir 2 jours bivouaquer comme à Barrah canyon. Toutes les voies sont finalement assez proches de Wadi Rum.
Grimper sur du sable durci et plus ou moins friable surprend au début. Après aussi. En fait les voies se déroulent sur du grès très dur notamment pour toutes les voies en fissure (essentiellement celles qu'on a parcourues) ; néanmoins certaines portions dans certaines voies paraissent peu fiables - les fameux "flackes" de taille plus ou moins importantes sont à empoigner avec mesure. Souvent dans les zones faciles le leader peut parfois ne pas pouvoir se protéger sur des mètres notamment sur les domes arrondis, lisses et par dessus le tout sableux sous la semelle.
Comme l'équipement est inexistant ou presque (parfois des relais en place mais ils le sont pour les rappels ce qui occasionne quand le terrain s'y prête des longueurs longues et des relais placés pas forcément au-dessus de terrasses confortables mais au dessus du vide - parfois quelques pitons), il faut se munir d'un leader qui s'occupe de tout ça quand soi-même on n'a pas le niveau ni les compétences pour le faire... Mais le second n'est pas qu'un paquet trimballé car il a la lourde responsabilité de ramasser (pour ne pas dire décoincer voire désincarcérer) tout le merdier semé par le premier et sans rien faire tomber... sans compter le démélage de la corde rendue plus difficile que d'habitude par le sable qui raidit tout.
Une bonne entrée en matière comme nous l'avons fait est peut-être de parcourir une voie bédouine. Cela permet de se familiariser avec le rocher et ses subtilités et de faire connaissance avec le massif et ses environs en prenant de la hauteur. On a donc commencé par la traversée d'ouest en est du Jebel Rum en 2 jours.
Pour dormir à Wadi Rum, on peut soit loger en dur chez l'habitant soit dormir sous tente au rest-house. On a testé les deux et la seconde a été beaucoup plus calme au final que la première : beaucoup moins de moustiques, pas de coq chantant à tue-tête la nuit et l'appel du muezzin beaucoup moins présent... pour manger, chez Ali (Ali's Place 100 m après le rest-house) c'est sans soucis (et très bon) - Ali nous a aussi organisé les 2 jours dans Barrah canyon - il y a un autre resto pas loin de l'entrée du bled très bien aussi (petit déj au top). Et suffisament d'épiceries pour se faire soi-même à manger si on préfère cette solution.
Traversée ouest-est du jebel Rum (après dépose en 4x4) :
Premier jour de la traversée du jebel Rum sur la voie nabatéenne. On a déjà pris un peu de hauteur et on est presque sorti du canyon d'accès.
Romain et Sophie dans une petite goulotte. Au loin à gauche en plus clair le jebel Rum.
Dessert chocolat blanc - chocolat noir..
Vue du sommet vers le nord-est, il est à peine 14h et le soleil est déjà moins écrasant
vers le sud-est, c'est grand, c'est large, c'est loin..
On entame la descente vers notre lieu de bivouac
2ème jour, dans la descente. le jebel Rum est en arrière-plan.
une descente tout en rondeur et circonvolutions, toujours à "10h10"..
néanmoins fléchée
on replonge dans les entrailles du massif via plusieurs rappels dont celui-ci qui nous mène au fond du siq.
Le siq est creusé et offre plusieurs options de déambulation possibles..
Au bout du siq, il y a encore 2 rappels puis on prend pied dans un vallon caillouteux qui en 20 min rejoint le sentier des sources de Lawrence d'Arabie puis encore 20 min et on est attablé autour d'un coca chez Ali.
Une fois cette entrée dégustée avec délice, nous sommes passés aux plats principaux :
Loïsyann dans la longueur en "finger crack" de "Goldfinger" (accès en 15 min de Wadi Rum). Notre première voie finie à la nuit.
"The Beauty", une voie accessible également à pied depuis Wadi Rum via une très belle marche d'approche dans un canyon. Une très belle voie de 4 longueurs sur un beau grès rouge. Magnifique.
Loisyann dans la dernière longueur celle où le camalot n° 5 est obligatoire..
et bien quand le leader n'en n'a pas il remonte le camalot dans la fissure au fur et à mesure qu'il grimpe sous les yeux plus qu'attentifs des deux suivantes!!
"Racolage" sur le trottoir de sortie avant d'aller faire un tour au sommet
Après le sommet, on reprend le chemin de la descente. le Jebel Rum est pile poil en face.
"Desert Rats in the Shade" à Al Maghrar. Al Maghar est un massif au sud de Wadi Rum pas très loin de l'Arabie saoudite. Il est assez éloigné car il faut plus d'une heure de 4X4 pour y aller. La voie remonte le beau dièdre à l'ombre. en 4 longueurs somptueuses. On peut poursuivre ensuite jusqu'au sommet par un terrain plus facile mais pas forcément plus sûr.
Tal dans la première longueur en 4..
puis la seconde longueur
Relais équipé de R2 pour le rappel. Remarquez la rectitude du plan incliné
Dudu dans la 3ème longueur
et Delphine part dans la 4ème longueur après un relais sur coinceurs à deux, bien pendues dans le vide.. hum..
retour sur le plancher des vaches.. c'est par où maintenant?
Le pilier de la Sagesse, une voie typée montagne, de 400 m, avec descente à pied par Hammad's route (que nous avions parcouru à la descente du jebel Rum, ça aide!)
Vue vers le bas, Tal dans le pilier, Romain plus bas. La terrasse au soleil en-dessous marque le début du pilier.
Vue vers la haut, une des plus belles longueurs (et à l'ombre! au soleil en pleine journée ça tape sur la caboche)
Loisyann dans une traversée.
Wadi Rum à nos pieds.
dans la descente (menée au pas de charge), les gars font du tricot dans le premier rappel...
Après avoir grimpé tous les jours à la journée depuis Wadi Rum et une fois tout le reste de la troupe partie, on s'offre à la fin du séjour une escapade de 2 jours dans Barrah canyon. Barrah canyon est situé à l'est de Wadi Rum et s'atteint en 40 min en pick-up. Au programme 2 voies.
"Merlin's wand" (la baguette magique), une fissure d'un seul tenant, 0m d'approche, 150 m de haut.
Vue de plus près, en plissant bien les yeux, vous pourrez peut-être voir les deux grimpeurs engagés dans le tiers supérieur...
troisème longueur de Merlin, oh un surplomb!
bel effet
Allez on rentre! on peut voir que le désert est bien parcouru (visez les traces de roulage). Malgré tout on sera seul dans le canyon le lendemain.
Bivouac = feu = poulet grillé
Enfin la "petite" dernière du séjour, "the star of Abu Judaidah", histoire de finir en beauty. Et bien heureusement que je n'ai découvert le morceau que le matin sinon je n'en aurais pas dormi de la nuit (déjà j'ai pas beaucoup dormi - ah l'imagination dans le désert..). C'est une photo au soleil mais le matin plongé dans l'ombre, c'est carrément effrayant! J'ai bien essayé d'attendrir Loisyann pour le faire changer d'avis mais rien à faire. Mais au final ce fut 350 m de régal!
au retour de la voie
grès sombre
griffe d'ours? non... juste le passage des cordes sur un bout de rocher tendre...
Loisyann sous le toit de l'avant dernière longueur très belle tout comme le reste.
La dernière longueur est en option car elle s'achève sur une portion de dôme lisse improtégeable vraiment très exposé. Si en plus cette fichue corde a le mauvais goût de se coincer, c'est pas terrible, terrible.
Donc pour résumer : pour grimper à Wadi Rum quand on a un petit niveau, il faut se munir impérativement d'un bon leader qu'il suffit une fois sur place de nourrir au riz et à l'hoummos et d'hydrater au thé et au coca, ça marche très bien!
Liens sur la grimpe en Jordanie :
le site de Philippe Brass
et sur le Hoggar là.